Pastorala de Momor - Blog

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vendredi, octobre 13 2017

Repas au bénéfice de la Pastorale

Repas du 4 novembre 2017

vendredi, septembre 29 2017

Le mot du Président

« L'aventure » de la première pastorale de Moumour en 2006 (voir ici ) ne pouvait pas rester sans suite.

Au-delà du vif succès salué par les spectateurs et les observateurs, elle a avant tout constitué une riche et mémorable expérience humaine de rencontres et d'échanges pour les villageois de tous âges engagés avec conviction et engouement. Ce projet bénévole et collectif a grandement et durablement bénéficié à la cohésion et la convivialité du village.

Les moumourais sont donc déterminés et enthousiastes à l'idée de relever le challenge d'une deuxième édition en 2018 !

Pourquoi avoir choisi ce thème des cagots à Moumour ?

Nombre d'ouvrages et de publications sur le sujet évoquent le village de Moumour au travers de documents d'archive et en particulier, la sentence prise à l'encontre de Ramon, cagot de Moumour en 1471 et le testament de ce même Ramon en 1468.

Ces traces historiques locales nous donnent un aperçu assez complet du cadre de vie imposé à cette caste de parias qu'étaient les cagots.

C'est à travers ce prisme local que la pastorale invitera le spectateur à s'arrêter et à réfléchir sur ce phénomène d'exclusion et de discrimination qui, plus largement, a marqué pendant près de dix siècles la vie sociale de notre grand Sud-Ouest mais aussi du Nord Ouest de l'Espagne, des Asturies à l'Aragon.

A l'heure où la cohésion sociale est un des enjeux préoccupants de notre avenir, ce simple regard sur les errements de notre passé n'est sans doute pas inutile.

Si, à la modeste échelle de son territoire et de ses acteurs, ce projet peut ainsi au-delà de sa première dimension culturelle contribuer à la promotion du « vivre ensemble », nous en serions d'autant plus satisfaits.

mercredi, septembre 27 2017

Parti-pris artistique - Pastorale de Moumour 2018

− Une pastorale est une expression artistique populaire et collective de spectacle vivant. Elle peut être tragédie, comédie ou tragi-comédie selon le sujet traité qui convoque toujours une situation réelle, dénoncée, dans laquelle chacun reconnaît le propos. Ce n'est donc pas un divertissement mais une réalité revendiquée. Elle s'adresse à la communauté organisatrice ou plus largement sensibilisée. Le pouvoir peut surveiller les étapes de sa fabrication depuis l'idée jusqu'à la réalisation. Subventions, services, autorisations et présence lors des représentations peuvent apparaître comme les manifestations de l'engagement ou du refus.

− Une pastorale trouve son origine dans le théâtre du jeu de paume, au sortir des guerres de religion. La forme référentielle en est l'Illusion Comique de Corneille (1635) avec ses caractéristiques (illusions, mises en abyme, personnages protéiformes, changements à vue, décors à compartiments, etc.). Les rapports salle scène sont donc spécifiques. Ils induisent des formes déclamatoires, de jeu, de maquillages propres. L'utilisation obligatoire du texte versifié en fait un long poème parfois chanté et toujours rythmé par des intermèdes signifiants dansés.

− Pendant 250 ans cette forme a donné le théâtre classique français pour qui Molière ou Racine ont œuvré. Le théâtre se donnait aussi en plein air et quand un groupe humain créait son spectacle à la "manière de" pour s'exprimer, celui-ci pouvait devenir alors une pastorale... Attention, au tournant de 1750, le vérisme de Voltaire et Diderot, crée le quatrième mur et préfère la salle à l'italienne à la salle à la française, condamne la forme dont la pastorale est l'héritière, aux campagnes les plus anciennes et reculées, loin des villes et de ses embellissements bourgeois genre Odéon ou grand Théâtre de Bordeaux qui deviennent alors les modèles incontestés.

− On ne monte plus sur le théâtre à partir du XVIIIème siècle comme précédemment. Tout change. La pastorale, avatar du théâtre à la française, en conserve, depuis, toutes les formes.... ce n'est, sinon, pas une pastorale.

− Le terme de pastorale pourrait signifier "théâtre amateur" à une époque où on ne sait pas le définir autrement que par le nom de l'échafaud. La Pastorale 2018 valorise le Camgran, les arbres, le pont de César, le Vert.

− Elle raconte l'histoire des cagots à Moumour, voire des exclus ou des marginaux. Elle est doublement non réaliste :

  1. Elle mêle tradition orale, écrits, témoignages pseudo historiques, temps mêlés. L'exclusion, le mépris et le:racisme perdurent: on trouve là une intemporalité.
  2. Les récits et personnages nombreux doivent trouver une existence anecdotique pour échapper à une didactique laborieuse hors propos scénique. La vie même désincarnée demeure la vie selon des codes de spectacle vivant propres au théâtre amateur de la pastorale donc....des personnages codifiés désincarnés.

− L'action englobe la "geste fébusienne " en vrai comme en faux. Celle-ci traite de l'heure de gloire du Béarn et de la reconnaissance par les autorités de la servitude des cagots. Nous irons puiser nos représentations scéniques dans les illustrations des Riches heures du cardinal du Berry, dans le livre de la chasse de Gaston Fébus. Les miniatures des ouvrages cités se déroulent dans les forêts, les campagnes, sauvages ou apprivoisées. Les costumes nous inspirent par l'ampleur, la richesse, le spectaculaire qu'ils dégagent. Ils différencient parfaitement les statuts sociaux dont plusieurs types apparaissent : Les seigneurs, les voisins, les cagots. Décors et accessoires sont reconstitués non pour faire véridiques mais pour être signifiants immédiatement, peu encombrant et déplacés à vue selon la tradition des décors à compartiment typiques des origines de la pastorale. La matière représentée est le bois (cagots). Attention: toutes les couleurs des costumes, accessoires, décors et ambiances répondent strictement aux codes héraldiques noir blanc bleu =neutres ; C'est l'intensité qui fait l'importance!

− Le rythme qui emprunte ses fondamentaux aux codes de la pastorale est rapide, gai, il puise ses racines dans les fabliaux et contes médiévaux, ainsi que dans les Contes de Perrault forestiers et le Roman de Renard. La pastorale se déroule à vue du public, sur un plateau de 10x10, les acteurs changent en fonction des personnages, de .leurs emplois.

− Entrées, sorties, interventions dépendent de "l'enfer" et du "paradis", suivant la grammaire artistique développée.

Alain Munoz Empontaire, metteur en scène

vendredi, août 11 2017

Le logo de la Pastorale

logo_pastorale Ce logo a été créé spécialement pour la pastorale de Moumour.

J'ai utilisé les couleurs du Béarn (or et rouge) pour les mots Pastorala et eths cagots.

Si le rouge représente aussi l'amour, la passion, le courage, et le jaune: la fête, la joie, la connaissance, l'amitié, les autres couleurs n'ont pas été choisies au hasard:

  • Les verts du feuillage et du sol évoquent, entre autres, la nature, l'espérance, l'écologie, Le sol est plus foncé afin évoquer encore plus le sous-bois du Camgran.
  • L’orange des troncs - dont la forme a été stylisée afin de se rapprocher de l'insigne des cagots: la patte d'oie - véhicule des valeurs de communication et de créativité. Il transmet de la joie, du plaisir et de l’optimisme. Il est aussi synonyme de vitalité, de force et d’endurance.

L'image seule, elle, représente des arbres, soulignant ainsi le fait que les cagots étaient principalement des travailleurs du bois.

Si avec tout cela on ne fait pas une super pastorale...

Dominique Bréard (créateur du logo)

Pourquoi une pastorale sur les cagots à Moumour ?

Pratiquement tous les livres sur les cagots se réfèrent à des documents détenus par les archives de notre village, en particulier: la sentence prise par l'évêque d'Oloron, baron de Moumour, en 1741, contre Ramon, cagot de Moumour, et le testament de ce même personnage en 1468, mais il y en a bien d'autres...

Ces deux documents nous donnent un aperçu assez complet des droits, des devoirs et du mode de vie de ces personnes. Ils nous apprennent qu'ils avaient l'obligation de ne pratiquer que les métiers du bois, matériau, qui, croyait-on, ne pouvait transmettre les maladies ! Leurs compétences professionnelles dans ces métiers étaient unanimement reconnues et appréciées. Ils œuvraient pour les charpentes des maisons, des châteaux, des églises; par exemple ce sont des cagots béarnais qui seront appelés aux 12ème siècle, pour construire la charpente de Notre Dame de Paris.

Ils  fournissaient le bois de chauffage et fabriquaient meubles, tonneaux, assiettes, lourds vantaux de portes de château, granges ou églises. Ils réalisaient des prodiges pour les charpentes tournantes des moulins à vent, ou les roues de charrettes...

Par contre, ils avaient l'interdiction de pratiquer la culture ou l'élevage, de marcher pieds nus, d'entrer dans les moulins, les auberges ou les tavernes, de danser avec des non cagots, et ils devaient porter, sur la poitrine, un chiffon rouge en forme de crête (ou de patte d'oie).

Ces documents nous disent aussi qu'ils vivaient dans une certaine aisance, qu'ils ne se mariaient qu'entre eux, et allaient chercher loin leurs conjoints, afin d'éviter la consanguinité, contrairement aux gens du village qui se mariaient parfois entre cousins.

Ajoutons que les cagots avaient les même droits sociaux et juridiques que les autres habitants du Béarn. Les femmes cagotes laissaient des testaments, et réalisaient des contrats devant notaire, sans l'accord du mari - et même parfois, contre lui - pour protéger leurs biens propres. La dot, apportée par l'épouse, faisait l'objet d'un inventaire chez le notaire et restait sa propriété propre jusqu'à sa mort.

Si les cagots respectaient les même règles de vie sociale (mariages, respect des coutumes, etc) que les autres villageois., par contre, ils ne faisaient pas partie de la vésiau , c'est à dire l'ensemble des représentants élus qui veillaient au respect des coutumes de vie dans le village, et qui géraient les biens communaux. Les cagots ne participaient donc pas, bien sûr au partage des bénéfices, ni à l'attribution des lots de terrains appartenant à la communauté, que ces derniers soient cultivables ou réservés à la pâture. Enfin, on constate  qu'en 1450, ils n'avaient toujours pas de nom de famille, contrairement aux autres villageois qui en avaient un, obligatoirement, depuis deux siècles.

Si l'existence, le mode de vie et les professions des cagots sont connus, prouvés, vérifiés, il n'en va pas de même de leur origine: elle reste encore, aujourd'hui, une énigme à percer et ce, malgré les affirmations contradictoires de nombreux auteurs et historiens qui, bien souvent, ne retiennent que les critères étayant leur vision, oubliant ainsi ceux qui pourraient les obliger à nuancer leurs propos.

Finissons-en, tout d'abord ,avec l'idée que les cagots,étaient différents: deux commissions de médecins, l'une à la fin du 17ème siècle, l'autre à la fin du 19ème, sont venus en Béarn, examiner des cagots. Leurs conclusions sont identiques: rien ne distingue la majorité des cagots de celle du reste de la population ! En effet, pas de lobe d'oreille collé, pas de doigts crochus, pas de maladies particulière...et pas plus d'idiots chez eux qu'ailleurs, alors que, hélas, de grands savants du moyen âge comme Guy de Chauliac ou Ambroise Paré ont soutenu qu'ils étaient porteurs de graves maladies !

N'hésitez pas à consulter le chapitre sur les cagots, dans la rubrique Brèves d'histoire , sur le site des amis du Camgran, pour plus d'informations sur les hypothèses quand à leurs origines, ainsi que sur les coutumes du Béarn.

Gilbert Estecahandy (auteur de la Pastorale "eth cagots")